Prélèvement à la source : le doute gagne l’Élysée

PUBLIÉ LE 31/08/2018

À quelques mois de l’entrée en vigueur du prélèvement à la source, l’Élysée et Matignon, s’interrogent sur le calendrier de la réforme. Le risque d’un bug informatique et d’un choc psychologique en sont à l’origine. L’exécutif statuera le 15 septembre sur un éventuel report d’un an.
 
En prenant les rennes du gouvernement en 2017, l’exécutif avait déjà décidé de reporter d’un an la réforme du prélèvement à la source initialement prévue pour 2018. Les nombreuses modifications opérées par Bercy confirment que ce délai supplémentaire n’était pas de trop.
 
D’autant plus que Gérald Darmanin, ministre des de l'Action et des Comptes publics, a dû procéder à quelques ajustements ces dernières semaines (le versement d’un acompte de crédit d’impôt dès janvier, le report de la réforme à 2020 pour les gardes d’enfants et aides à domiciles employées par des particuliers, le dispositif de prise en charge de la collecte d’impôt pour les petites entreprises…)
 
L’exécutif interrogatif et perplexe, Bercy confiant
Alors que la réforme semblait bouclée, que Bercy lançait dimanche sa campagne de communication auprès du grand public.... Coup de théâtre, le même jour, du Premier ministre, Edouard Philippe, qui a confié au JDD vouloir « faire le point » dans « les prochaines semaines ».
 
Dès le lendemain, le ministre Gérald Darmanin essaye d’éteindre le feu sur BFMTV en affirmant « tout se passe bien », « c’est une réforme complexe, il est normal que le Premier ministre s’assure que les choses se passent bien ». Mais l’incendie est déjà bien lancé.
 
C’est au tour du Canard Enchainé de dévoiler le lendemain les doutes et interrogations qu’Emmanuel Macron aurait fait part « en privé ». Il se donnerait jusqu’au 15 septembre pour décider de son application au 1er janvier 2019. Une nouvelle fois, le ministre Gérald Darmanin va s’empresser de démentir tout report de son action : « Nous ferons la réforme de l’impôt à la source et fin janvier de l’année prochaine les Français paieront leur impôt à la source » affirme-t-il sur l’antenne d’Europe 1.
 
Ce à quoi l’Élysée retorquera dans Les Echos : « On a une clause de revoyure mi-septembre avec Matignon et Bercy ». « L’objectif d’une mise en place le 1er janvier 2019 est maintenu, mais nous nous laissons la possibilité de le décaler ».
 
Les raisons de ce doute de dernière minute ? 
Pourquoi un tel doute survient-il dans la dernière ligne droite au sein de l’exécutif ?
Tout d’abord, l’Élysée redoute qu’un bug informatique ne survienne, un bug identique à celui d’avril dernier où les déclarations préremplies d’un demi-million de contribuables étaient erronées. Un tel bug avec le prélèvement à la source n’est pas envisageable pour le gouvernement et serait perçu comme une incompétence.
 
De plus, le pouvoir exécutif redoute les effets du choc psychologique du bulletin de paie avec un net à payer moindre faisant passer incognito ses mesures en faveur du pouvoir d’achat.
En effet, les baisses de cotisations salariales tout comme la baisse de la taxe d'habitation, ne se feront véritablement sentir qu'à l'automne. Avec la réforme du prélèvement à la source, les Français n’en profiteront que trois mois avant de voir le montant sur leur feuille de paie baisser.
 
Malgré la parade trouvée par Bercy avec le nouveau bulletin de salaire qui mettrait en évidence le gain obtenu par la baisse des cotisations salariales, il n’est pas certain que cela suffise... Le timing semble être mal choisi dans le contexte actuel de croissance ralentie, du au ralentissement du commerce mondial et de la consommation intérieure faible...
Certains points restent alors en suspens. Le Président Emmanuel Macron organisera ce mardi une réunion à l’Élysée, avec le Premier ministre Edouard Philippe et Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes Publics afin de répondre à ces interrogations avant de « donner une directive finale » sur l’avenir de cette réforme majeure. 

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